Chacun de nous est unique, l’affaire est entendue ! Notre ADN, notre histoire, expriment ce caractère unique. Et en même temps, nous sommes peu différenciés. Nos comportements, nos goûts, nos envies sont bien souvent produits par le collectif. Et même si les injonctions individualisantes pleuvent sur nous : être heureux, prendre soin de nous, nous développer, être sportif ; c’est encore du grégaire.

Et la singularité dans tout ça ? Il s’agit d’une manière personnelle d’être au monde.  Bergson parle « d’une espèce à individu unique ». On ne peut se le donner à soi-même. Cela se transmet, de personne à personne. Il faut du contact, une rencontre ou des rencontres. Pas avec n’importe qui, mais des personnes « singulières ». Cela se cherche. Cela se trouve. Le révélateur, c’est la naissance en vous d’une « émotion créatrice ». L’autre devient pour vous en cet instant, une aspiration, un appel, qui anime quelque chose en vous ; pas juste de l’émotion mais quelque chose de plus profond, de plus libre. « Le contact suscite en vous la personnalité créatrice qui peut se réveiller, et le contact direct avec une personnalité privilégiée bouleverse et suscite des vocations, suscite l’appel à une personnalité qui est enfouie en germe en vous, à naître et à se développer. « Bergson

Explorerons ensemble la forme que pourrait prendre pour nous cette singularité, cette manière d’être personnelle, comme être de désir, être sensible, être pensant, être agissant. 4 épisodes pour 4 invitations à explorer notre singularité

La singularité qui désire …Elle s’exprime comme un élan qui prend son appui en notre intimité et nous lance vers l’extérieur. C’est un ancrage dans ce qui nous est tellement précieux, secret, personnel. Quelque chose comme notre vrai nom que nous ne pouvons nommer, mais dont nous sommes le ciboire. Une certitude qui finit par s’imposer sans pouvoir être possédée. Mais le chemin du désir en nous, qu’il soit en montée ou en descente, est chaotique. Quel encombrement ! Quel amoncellement de branchages, de pierres, de boues ! Que de ronces qui gênent, empêchent et parfois entravent ! Cependant, parfois, sporadiquement, presque miraculeusement, toujours soudainement, affleure à la surface de notre conscience, un parfum qui éveille, un son qui dérange. Là où nous étions tranquilles, dans un fonctionnement routinier quasi-mécanique, un grincement ou un gémissement, une odeur intempestive ou une lumière crue et irrégulière, rend notre ronde routinière, inconfortable et dérangeante. C’est bon signe. L’annonce d’une naissance. Quasiment Noël ! Alors si, dans un alignement improbable des planètes ou des étoiles, survient la rencontre avec une personne singulière, ce dérangement interne à peine avoué, devient une étincelle, une chaude flambée et pourquoi pas un feu de forêt que Bergson nomme une « émotion créatrice ».

« Sujet au désir, sujet du désir, l’homme n’est pas un homme de désir, un « désirant », comme il est un être parlant, pensant, respirant, se mouvant… Il est l’être du désir. (…) L’homme n’a pas de désirs, c’est le désir, son désir, qui l’a, le porte, le fait homme. Son « humanité » est pro-duite par lui : toute entière elle est sa chose, son oeuvre. » De Radkowski, Les jeux du désir

Exprimer sa singularité comme une naissance à soi, aux autres. Un cadeau pour soi et ceux qui nous entourent.

Olivier Berthelot