« Dès sa naissance, le petit enfant est jeté dans la concurrence, car ses parents le souhaitent intelligent et sans déficiences physiques; dès son entrée à l’école, il est voué à la lutte pour les bonnes notes, car ses parents ont appris que l’échec scolaire annonçait le ratage de toute une existence; à sa sortie de l’école, il lui faut affronter le risque du chômage ou du déclassement, et, pour ce qui concerne sa vie affective, il en subira comme chacun la précarité nouvelle et sans cesse accrue : changement de partenaire tout au long de la vie ! L’individu est donc une créature contrainte d’affronter sportivement et sans faillir le cap de toutes les « compétitions » qui mènent à la réussite. Et comme c’est un individu fragilisé par les crises économiques, les mutations techniques et la morosité mentale du monde contemporain, il se présente, pour reprendre l’expression de Baudelaire, comme un « frêle athlète de la vie » condamné qu’il est à devenir malgré lui un « héros » de la concurrence permanente, un « héros » paradoxal des temps post-modernes, un héros fragile… »

 

Reference : www.cairn.info/revue-etudes-2013-9-page-197.htm, « L’individualisme est-il condamne à l’héroïsme ? », Monique Castillo.